
L’état des lieux de sortie est souvent le moment le plus décisif d’une location. C’est lui qui constate officiellement l’état du logement au départ du locataire… et c’est aussi lui qui conditionne, dans la plupart des cas, la restitution du dépôt de garantie (la “caution”). Bien réalisé, il protège les deux parties : le locataire évite des retenues injustifiées, et le bailleur sécurise son bien en encadrant ce qui peut réellement être facturé.
À l’inverse, un état des lieux bâclé (ou absent) ouvre la porte aux contestations : désaccord sur les dégradations, confusion entre vétusté et détérioration, difficultés à prouver l’état initial, ou litiges sur les délais de restitution. Dans cet article prêt à publier, tu trouveras une explication claire du cadre légal, une méthode pratique pas-à-pas, une checklist, un modèle, et les recours en cas de conflit.
Important : cet article est un guide pratique. En cas de situation complexe (dégâts importants, loyers impayés, conflit dur), un professionnel (ADIL/ANIL, commissaire de justice, avocat) peut être utile.
1) Pourquoi l’état des lieux de sortie est décisif
L’état des lieux de sortie est le document de référence qui décrit le logement au moment où le locataire quitte définitivement les lieux. Il sert à comparer l’état du bien avec celui relevé lors de l’état des lieux d’entrée. Cette comparaison permet de déterminer :
- si le logement a été rendu en bon état (hors usure normale),
- si des réparations locatives ou des dégradations sont imputables au locataire,
- si le bailleur peut retenir une partie du dépôt de garantie (et à quelles conditions),
- et, en cas de désaccord, quelles preuves seront examinées.
Autrement dit : l’état des lieux de sortie est la “photo contractuelle” du logement au départ. Sans ce document, ou avec un document imprécis, chacun se retrouve dans l’approximation — et c’est là que commencent les problèmes.
2) Définition juridique et cadre légal
Dans un bail d’habitation, l’état des lieux de sortie est un document contradictoire (réalisé en présence du locataire et du bailleur, ou de leurs représentants), daté et signé, qui décrit le logement pièce par pièce et les équipements mis à disposition.
Il s’inscrit dans un cadre légal structuré (notamment la loi de 1989, renforcée par la loi ALUR) et des textes précisant les mentions obligatoires. L’idée générale est simple :
- l’état des lieux d’entrée fixe l’état initial ;
- l’état des lieux de sortie fixe l’état au départ ;
- la comparaison détermine ce qui relève de la vétusté (non facturable au locataire) et ce qui relève d’une dégradation ou d’un défaut d’entretien (potentiellement facturable).
Quand doit-il être fait ?
Idéalement, le jour de la remise des clés (ou au plus proche), dans un logement vide, propre et bien éclairé. Le moment-clé est la fin effective de l’occupation : plus on attend, plus on multiplie les zones grises (poussière, humidité, petits chocs de déménagement, etc.).
3) Contenu : les mentions obligatoires et ce qu’il faut vraiment écrire
Un bon état des lieux n’est pas “un texte long”. C’est surtout un texte précis, factuel et comparatif.
Mentions à faire figurer (indispensables)
- Type d’état des lieux : entrée ou sortie
- Date et heure (recommandé)
- Adresse complète du logement (bâtiment, étage, lot si besoin)
- Identité et coordonnées du bailleur et du locataire (ou mandataires)
- Relevés de compteurs : eau, électricité, gaz (et chauffage collectif si applicable)
- Clés / badges remis (nombre, type)
- Description détaillée pièce par pièce : sols, murs, plafonds, menuiseries, équipements, mobilier si meublé
- Annexes : cave, parking, balcon, jardin, local vélo…
- Signatures des parties et mention de remise du document (papier ou électronique)
La règle d’or : décrire, pas juger
Écris ce que tu vois, sans vocabulaire flou. Évite “correct”, “bon état”, “moyen” si ce n’est pas comparé à l’entrée. Préfère :
- “mur blanc, traces noires de 20 cm près de l’interrupteur”
- “parquet : rayures visibles, 3 lames abîmées près de la fenêtre”
- “joint silicone douche : noirci sur 30 cm”
- “porte chambre : impact (2 cm) côté poignée”
Exemple de format comparatif
Le plus efficace est un modèle en deux colonnes (entrée à gauche, sortie à droite) pour chaque pièce. Cela force la cohérence et limite les oublis.
4) Responsabilités : locataire, bailleur, et la notion clé de vétusté
C’est ici que se joue la majorité des disputes : qui paie quoi ?
Ce qui relève du locataire (en général)
Le locataire est responsable :
- de l’entretien courant (nettoyage, remplacement de consommables, petites réparations),
- des réparations locatives (ex : joint, ampoule, petites fixations),
- des dégradations anormales (trous importants, casse, brûlure, détérioration volontaire ou négligence).
Ce qui relève du bailleur
Le bailleur supporte :
- la vétusté (usure normale liée au temps),
- les réparations dues à un défaut structurel ou à une malfaçon,
- les mises aux normes lourdes, et plus largement ce qui ne relève pas de l’usage normal.
Vétusté vs dégradation : comment faire la différence ?
- Vétusté : vieillissement normal malgré un usage correct (peinture qui ternit, parquet qui se patine, joints qui fatiguent avec le temps, moquette qui s’écrase).
- Dégradation : dommage anormal ou défaut d’entretien (taches, brûlures, trous, moisissures faute d’aération, casse, appareils endommagés).
En pratique, le bailleur ne peut pas faire payer au locataire “un logement neuf” si celui-ci a été occupé plusieurs années. Ce point est crucial : la retenue sur dépôt de garantie doit être proportionnée et justifiée.
5) Checklist : bien préparer l’état des lieux de sortie
Checklist locataire (objectif : récupérer ton dépôt de garantie)
Avant le rendez-vous :
- Nettoyer en profondeur : cuisine (graisse), salle de bain (calcaire), vitres, sols, plinthes.
- Reboucher les petits trous (chevilles) et faire des retouches propres si nécessaire.
- Remplacer :
- ampoules grillées,
- piles de détecteur de fumée (si applicable),
- filtres/consommables prévus à l’entretien.
- Détartrer / assainir :
- joints de douche,
- robinetterie,
- siphons.
- Vérifier :
- portes/fenêtres (fermeture),
- prises/interrupteurs,
- électroménager (si meublé),
- radiateurs.
- Rassembler :
- photos/état des lieux d’entrée,
- factures de petites réparations,
- preuve d’entretien (chaudière si c’est au locataire).
Le jour J :
- Faire l’état des lieux dans un logement vide et lumineux (toutes lumières allumées).
- Prendre des photos datées (ou au minimum horodatées) des points sensibles.
- Lire chaque ligne avant de signer, demander une formulation précise si besoin.
Checklist bailleur (objectif : sécuriser le bien et éviter les litiges)
Avant le rendez-vous :
- Préparer un modèle conforme et l’état des lieux d’entrée pour comparer.
- Prévoir une lampe, un testeur simple (si besoin), et un temps suffisant (évite “15 minutes”).
- Vérifier équipements : chauffage, ventilation, eau chaude, volets, VMC, électroménager.
- Préparer le relevé de compteurs et un inventaire des clés/badges.
Le jour J :
- Décrire factuellement (pas d’accusations).
- Photographier les éléments notés “différents” par rapport à l’entrée.
- Faire signer sur place et remettre une copie immédiatement (papier ou numérique).
6) Que se passe-t-il s’il n’y a pas d’état des lieux de sortie ?
L’absence d’état des lieux de sortie n’est pas une simple “formalités oubliée” : elle change la preuve.
En pratique, lorsqu’aucun état des lieux n’est établi au départ, il devient très difficile pour le bailleur de démontrer que des dégradations sont imputables au locataire. Et pour le locataire, c’est aussi un risque : si la remise des clés est floue, on peut se retrouver dans des discussions interminables sur la date de sortie réelle.
Conséquences fréquentes
- Pour le bailleur : retenues sur dépôt de garantie compliquées à justifier, litige plus probable.
- Pour le locataire : risques de contestation sur la date, et parfois sur des charges/consommations si les compteurs n’ont pas été relevés.
Conclusion : même si tout se passe “à l’amiable”, faites toujours un état des lieux de sortie écrit, daté, signé.
7) Commissaire de justice : quand y recourir et comment ça marche ?
Quand le dialogue est tendu, ou si l’une des parties refuse de signer, la solution la plus robuste est de faire établir l’état des lieux par un commissaire de justice.
Dans quels cas c’est utile ?
- refus du locataire ou du bailleur de faire l’état des lieux,
- désaccord majeur sur les dégradations,
- situation potentiellement conflictuelle (dégâts, impayés, contentieux),
- absence de réponse ou impossibilité de convenir d’un rendez-vous.
Comment ça se déroule ?
- Le commissaire de justice convoque les parties (en pratique, avec un délai, souvent via courrier recommandé).
- Il établit un constat avec une forte valeur probante.
- Le document est difficile à contester, sauf preuve solide contraire.
Qui paie ?
Les frais sont tarifés et généralement partagés entre bailleur et locataire selon les règles applicables. Le coût exact dépend de paramètres (surface, situation), mais l’intérêt est de verrouiller la preuve.
8) Dépôt de garantie : délais, retenues possibles et preuves à fournir
Le dépôt de garantie n’est pas une “cagnotte” librement retenable. Pour retenir une somme, le bailleur doit en principe être capable de justifier : devis, facture, état des lieux comparatif, régularisation de charges, loyers impayés.
Délais de restitution : la règle pratique
Le délai varie selon que l’état des lieux de sortie est conforme ou non à l’entrée. Plus l’état de sortie montre des différences imputables au locataire, plus le bailleur a de marge (dans les limites légales) pour établir les justificatifs et restituer le solde.
Retenues possibles (exemples clairs)
Voici des cas typiques, avec la logique attendue :
| Situation constatée | Qui paie ? | Justificatif attendu |
|---|---|---|
| Trous nombreux + mur abîmé au-delà de l’usage normal | Locataire (tout ou partie) | Photos + devis/facture peinture/endommagé |
| Peinture ternie après 5 ans sans dommage | Bailleur (vétusté) | Grille de vétusté si applicable |
| Joint douche noirci faute d’entretien | Locataire (souvent) | Photos + devis (ou remplacement justifié) |
| Parquet rayé superficiellement (usage normal) | Bailleur (vétusté/usage) | Comparaison entrée/sortie |
| Vitre cassée / porte fracturée | Locataire (sauf preuve extérieure) | Photos + facture remplacement |
| Chaudière non entretenue (si obligation au locataire) | Locataire | Attestation d’entretien manquante + facture |
| Loyers impayés / charges dues | Locataire | Décompte + justificatifs |
Astuce : les retenues doivent rester cohérentes. Un devis “refaire tout l’appartement” pour une trace isolée est contestable.
Le point crucial : devis vs facture
En pratique, un devis peut justifier une estimation, mais une facture reste la preuve la plus solide d’une dépense réellement engagée. Beaucoup de litiges naissent d’une retenue “au doigt mouillé” sans justificatif.
9) Litige : que faire si vous n’êtes pas d’accord ?
Un désaccord peut arriver, même avec de la bonne foi. L’important est de suivre une démarche structurée.
Étape 1 : discussion + écrits
Demande une clarification et des justificatifs. Tout ce qui se dit au téléphone, reformule-le par écrit (mail ou courrier).
Étape 2 : mise en demeure
Si la situation bloque (caution non rendue, retenue injustifiée), envoie une mise en demeure par courrier recommandé. Sois factuel : dates, montants, demandes, pièces jointes.
Étape 3 : médiation / conciliation
Avant d’aller au tribunal, tente une solution amiable :
- conciliateur de justice,
- commission départementale de conciliation (selon cas),
- accompagnement ADIL (information).
Étape 4 : tribunal judiciaire
Si aucun accord n’est trouvé, la voie judiciaire peut trancher. Les juges regardent d’abord :
- l’état des lieux d’entrée,
- l’état des lieux de sortie,
- les justificatifs (devis/factures),
- la cohérence vétusté/dégradation,
- les preuves (photos datées, échanges).
10) Modèle d’état des lieux de sortie — prêt à copier
Conseil : utilise le même modèle pour l’entrée et la sortie, en ajoutant une colonne “entrée” et une colonne “sortie”.
ÉTAT DES LIEUX (SORTIE) – LOGEMENT D’HABITATION
Adresse : ________________________________________
Date / Heure : ____________________________________
Bailleur (nom, adresse, contact) : _________________
Locataire (nom, adresse, contact) : ________________
Présents :
☐ Bailleur ☐ Mandataire (nom) : _________________
☐ Locataire ☐ Mandataire (nom) : _________________
Remise des clés :
Nombre de clés : ____ Badges : ____ Télécommandes : ____
Compteurs :
Électricité : ________ Gaz : ________ Eau : ________
(Préciser n° de compteur si possible)
PIÈCE 1 – Entrée / Couloir
- Sol : Entrée : ________ / Sortie : ________
- Murs : Entrée : _______ / Sortie : _______
- Plafond : Entrée : ____ / Sortie : ____
- Éclairage / prises / inter : _______________________
PIÈCE 2 – Séjour
- Sol : ___________________________________________
- Murs : __________________________________________
- Plafond : _______________________________________
- Fenêtres / volets : _______________________________
- Radiateurs : _____________________________________
(… Répéter pour chaque pièce : cuisine, sdb, WC, chambres…)
Annexes :
Balcon / Cave / Parking : ___________________________
Observations générales :
___________________________________________________
Signatures :
Bailleur : ____________________ Locataire : ____________________
Copie remise :
☐ Papier ☐ Électronique (mail) : ______________________________
FAQ — État des lieux de sortie
L’état des lieux de sortie est-il obligatoire ?
Il est fortement recommandé et, dans les faits, indispensable pour sécuriser la restitution du dépôt de garantie. Sans lui, la preuve devient fragile.
Qui doit être présent lors de l’état des lieux de sortie ?
Idéalement le locataire et le bailleur. Ils peuvent être représentés par un mandataire. En cas d’impossibilité ou de conflit, un commissaire de justice peut intervenir.
Quel délai pour rendre la caution après l’état des lieux de sortie ?
Le délai dépend de la situation (logement rendu conforme ou non) et des retenues justifiées. Plus le dossier est clair (états des lieux, justificatifs), plus la restitution est simple.
Que faire si je ne suis pas d’accord avec l’état des lieux de sortie ?
Ne signe pas “dans le doute”. Demande une formulation précise, ajoute tes observations, prends des photos. Si le conflit persiste : conciliation, puis recours judiciaire si nécessaire.
Comment prouver l’usure normale (vétusté) ?
Par la comparaison entrée/sortie, l’ancienneté des équipements, et idéalement une grille de vétusté prévue au bail ou utilisée par le bailleur. Les photos datées aident beaucoup.
Conclusion : la méthode simple pour éviter 90% des litiges
Un état des lieux de sortie réussi repose sur trois principes :
- Comparer avec l’état des lieux d’entrée (même structure, même précision)
- Décrire factuellement (pas d’opinions, pas de mots flous)
- Justifier toute retenue sur dépôt de garantie (devis/factures, cohérence avec la vétusté)
Pour le locataire, la meilleure stratégie est une préparation sérieuse (nettoyage, petites réparations, preuves). Pour le bailleur, la meilleure protection est la précision et la proportion (vétusté vs dégradation). Et quand la relation se tend, le commissaire de justice reste la solution la plus solide pour verrouiller la preuve.



